LES MONDES NUMERIQUES

Blog des Masters en Sciences Sociales de l'Université Gustave Eiffel

Pokémon GO : un simple phénomène médiatique ?

Par Vincent Bézaguet – Master 1 Culture et Métiers du Web

 

Qui n’a pas entendu parler de Pokémon GO ? Ce jeu pour smartphones, sortit en début juillet 2016 aura su faire parler de lui. Non content d’attirer de nombreux joueurs, il aura également été un phénomène médiatique imposant : pas un journal télévisé ou papier pour oublier de parler du « phénomène Pokémon GO » et de ses joueurs « prêts à tout pour attraper des Pokémons ». En France, dans un climat politique tendu, au lendemain de plusieurs mois de protestation politique contre la Loi Travail, et alors que Nuit Debout tentait encore de créer un lieu de vie place République, des centaines de milliers de personnes commencent à envahir les rues, armés de leur smartphone. Mais n’était-ce qu’un simple mouvement de mode, un « buzz » éphémère, ou bien se cache-t-il autre chose derrière ?  Près d’un an et demi après la déferlante Pokémon GO, retour sur les leviers qui ont fait le succès de l’application mobile.

Une simple blague

Pour ceux qui l’ignoreraient encore, Pokémon GO est un jeu vidéo mobile en réalité augmenté, c’est-à-dire un jeu proposant d’utiliser la caméra de son smartphone pour filmer le monde extérieur et ainsi « voir apparaître » du contenu numérique au sein du paysage capturé. Le but : trouver des Pokémons, des Pokéstops – lieux où l’on peut trouver divers objets nécessaires pour progresser dans le jeu –, ou encore des arènes de combat.

1 – La réalité augmentée a souvent fait fantasmer les publicitaires, avec l’idée d’un jour pouvoir utiliser les smartphones comme interface mi-physique mi-virtuelle entre les clients et les marques.

Co-créé par Niantic et The Pokémon Company le jeu qui connaitra un succès sans précédent n’était pourtant à l’origine qu’un poisson d’avril ! Un peu plus de deux ans avant sa sortie, le 1er Avril 2014, Google (alors propriétaire de Niantic) créé un mini-jeu sur son application Google Maps, dans laquelle la compagnie Américaine enjoint ses usagers à aller « chasser les Pokémons ».

Le trailer de la chasse aux Pokémon sur Google Map – Source : Google inc. (Alphabet)

Si ce mini-jeu ne présente qu’assez peu d’intérêt (il suffit d’appuyer sur un Pokémon pour le capturer, sans interaction supplémentaire), il suffira à faire naître l’idée d’un jeu bien réel au sein de Niantic, également développeur de Ingress – un autre jeu en réalité augmentée.

De Ingress à Pokémon GO

Ingress est un jeu en réalité augmentée (ou alternée) massivement multijoueur développé par Google puis Niantic, sortit en 2012 sur Android puis en 2014 sur iOS.

Le jeu consiste à se déplacer dans le monde réel afin de localiser des « portails » (visibles sur le smartphone en réalité augmentée) avec lesquels les joueurs peuvent interagir dans le but de se disputer le contrôle d’une zone avec la faction ennemie. Pour cela, plusieurs actions sont possibles selon l’état du portail (neutre, appartenant à sa propre faction, ou détenu par la faction adverse) : le capturer, le « hacker », l’attaquer ou encore y ajouter un « résonnateur ». Ces portails ont pour la plupart été créés par les joueurs (bien que validés par les équipes de Niantic), avec pour principale consigne de les installer sur des monuments ou œuvres culturelles.


2 – Les quatre interfaces principales de Ingress (de gauche à droite : la carte du jeu, les actions disponibles sur un portail, les objets pouvant être utilisés sur les portails, la carte du monde) – source : AppStore

L’objectif final est de relier le maximum de portails entre eux (3 portails différents permettant de capturer la zone ainsi couverte) afin de posséder plus de territoire que la faction opposée. Le jeu revêt d’ailleurs une grande dimension sociale, puisque les joueurs sont obligés de s’organiser en équipes afin d’être le plus efficaces possibles et pouvoir prendre l’avantage sur la faction ennemie. Cette « guerre invisible » se poursuit depuis la sortie du jeu, et continue aujourd’hui encore à se tenir partout dans le monde.

3 – La carte du monde d’Ingress en temps réel : chaque triangle correspond à une zone acquise par l’une des deux factions- https://www.ingress.com/intel

Si Ingress fait souvent office de pré-projet à celui de Pokémon GO et reste assez peu connu en France, le premier jeu de Niantic dispose pourtant d’une communauté relativement développée (n’ayant pas de chiffres officiels, ce chiffre peut être estimé à environ 1 millions de joueurs, à partir du nombre de téléchargements). Celle-ci est d’ailleurs toujours active, et de nombreux événements sont organisés régulièrement, partout dans le monde.

Mais Ingress, plus qu’une première expérience pour les équipes de développement de Niantic, a été le précurseur de Pokémon GO en de nombreux points, y compris au niveau des polémiques !

En effet, dès 2012, plusieurs critiques sont adressées au jeu, alors que ce dernier appartient encore pleinement à Google : en premier lieu, la question de la collecte de données. Car pour pouvoir jouer, les joueurs n’ont d’autres choix que de laisser en permanence leurs données satellite (GPS) et internet (3G/4G) actives, sans quoi ils ne peuvent accéder aux informations des serveurs du jeu. Au-delà d’une contrainte technique (plus grosse sollicitation des composants du téléphone, dont la batterie), cela signifie avant tout que l’utilisateur envoie en continue des informations : sa position, mais aussi sa vitesse de déplacement, ses arrêts, voir même éventuellement les autres personnes proches de lui également connectées à l’application. Sachant la position controversée de Google sur l’utilisation des données personnelles, envoyer directement ce type d’information à l’une de ses firmes peut en effet questionner.

Mais au-delà des questions éthiques voir politiques qui se sont transposées de Ingress à Pokémon GO, il est également nécessaire de comprendre que ces deux jeux sont également étroitement liés d’un point de vue technologique : si Ingress a posé les bases de l’interaction entre joueurs et objets en réalité augmenté, ce sont également l’ensemble des données collectée par le premier jeu qui a servi de base pour le second.

En effet, plutôt que de repartir de zéro pour concevoir son jeu Pokémon, Niantic a directement puisé dans les données de son premier jeu afin de fournir un terrain de jeu relativement complet aux premiers joueurs : là où Ingress avait laissé les joueurs créer leurs propres portails, Pokémon GO reprend la position de ces derniers afin de localiser les objets interactifs du jeu (Pokéstops et Arènes).

4 – Les position des portails de Ingress (à gauche) ont été repris pour la localisation des Pokéstops et des arènes de Pokémon GO (à droite)

De même, les « spots » de Pokémons (c’est-à-dire là où ils sont susceptibles d’apparaitre dans le jeu) sont calqués sur les zones du jeu Ingress à forte concentration de « XM » (pour « Exotic Matter », ou « Matière étrangère » en français – représenté par les points blancs sur la carte d’Ingress).

On peut d’ailleurs noter que si Ingress a beaucoup apporté à Pokémon GO, l’inverse sera bientôt également vrai, puisque Niantic a annoncé fin 2017 l’arrivée prochaine de Ingress Prime, une refonte totale du jeu d’origine qui intégrera des technologies développées pour son cadet.

Pokémon : gotta ca$h ’em all

Nous l’avons évoqué plus haut, à l’origine Pokémon GO n’est à l’origine qu’une simple blague devenue réalité. Pourtant, si le jeu peut être vu comme une version améliorée de Ingress, cela ne permet pas d’expliquer le succès qu’a connu l’application pour mobile. Car les différents chiffres connus sur le jeu ont de quoi faire tourner la tête :

En moins de 90 jours, le jeu de Niantic a généré environ 600 millions de dollars, soit ce que le leader du marché Candy Crush générait alors en environ 200 jours. Les profits de la firme sur l’année 2016 (et sachant que le jeu est sorti en juillet) ont été estimé à près de 1 milliard de dollars. Durant ses deux premiers mois de lancement, le jeu a été téléchargé plus de 500 millions de fois. Rien qu’aux États-Unis, le jeu a atteint un pic de 28,5 millions de visiteurs uniques par jour à partir de la deuxième semaine de son lancement. Un record est établi le 21 juillet (2016), où le jeu atteint les 45 millions de joueurs actifs par jour au niveau mondial.

La sortie du jeu a par ailleurs eu un effet quasi immédiat sur le cours en bourse de la société Nintendo : la valeur de celle-ci ayant augmenté de près de 120% en quelques jours, avant de redescendre peu de temps après, en partie du fait que Nintendo ne détienne qu’une petite part de Pokémon GO – la licence étant détenue par la filiale The Pokemon Company, elle-même détenue à seulement 32% par la société nipponne.

5 – Le cours en bourse de la société Nintendo Company au moment de la sortie de Pokémon GO

Le jeu a surtout su bénéficier d’une couverture médiatique particulièrement imposante, et pour la majeure partie ne faisant pas partout du dispositif communicationnel de Niantic ou The Pokemon Company. En effet, si le jeu est sorti officiellement le 5 juillet, seul certains pays étaient concernés. Ainsi, pour les joueurs européens, il aura fallu attendre jusqu’au 16 juillet, et même jusqu’au 24 juillet pour pouvoir accéder de manière officielle à l’application.

Ce décalage entre les premiers joueurs à pouvoir mettre la main dessus (Australie, Nouvelle Zélande et U.S.A.) et le reste du monde (y compris la Japon, où le jeu ne sera disponible que le 22 juillet) a probablement créé un effet boule de neige : ne pouvant que constater la popularité du jeu dans les premiers pays concernés, l’attente n’en aura été que plus grande pour les autres joueurs. La disponibilité de l’application quelques semaines plus tard a donc fait grand bruit, en particulier sur les réseaux sociaux, certains faisant grand cas de leur Pikachu nouvellement acquis.

Il faut également ajouter à cela la disponibilité de l’application sous la forme d’APK (Android Package Kit – c’est-à-dire des fichiers pour installer un logiciel sur un smartphone Android), c’est-à-dire de manière non-officielle (non-présente sur le PlayStore), ayant permis aux plus téméraires de découvrir le jeu avant sa disponibilité dans le pays. Il était ainsi possible de voir certaines personnes s’adonner à la chasse aux Pokémons avant même que le jeu ne soit réellement disponible – de quoi frustrer ceux ne sachant pas comment faire ou souhaitant attendre la version officielle.

Enfin, et non des moindres, la franchise Pokémon bénéficie d’une image de marque particulièrement forte. Créée en 1996 par Satoshi Tajiri et éditée par Nintendo, le jeu est un véritable succès commercial, d’abord en Asie puis dans le reste du monde. En 2010, Nintendo annonçait avoir vendu plus de 250 millions de jeux Pokémon. Les versions Rouge et Bleu (1996, GameFreak), premiers épisodes de la série, se sont quant à eux vendus à plus de 30 millions d’exemplaire – un record pour l’époque.

Il existe à ce jour 16 jeux Pokémons officiels, généralement dérivés en 2 à 3 versions, et à peu près le double de jeux vidéo dérivés de la licence. Il faut ajouter à cela un jeu de carte à collectionner (ou TCG – Trading Card Game) ayant connu un immense succès dans les cours de récréation, plusieurs mangas, dessins animés et films, ainsi qu’une quantité impressionnante de produits dérivés.

La licence, au-delà d’être extrêmement rentable pour la firme nipponne a surtout su bercer le quotidien de milliers d’enfants dans le monde, et ainsi marqué de son empreinte la culture populaire de nombreux pays.

Il n’est donc guère surprenant, d’un point de vue purement ludique, que de nombreuses personnes ayant grandi avec la licence aient souhaité vivre l’expérience qu’ils s’imaginaient étant plus petit. Car au-delà de l’aspect nostalgique de la licence, l’un des points fort de Pokémon GO est de proposer une expérience vidéoludique relativement proche de la vision quasi utopique que le joueur pouvait en avoir : la réalité augmentée permet de masquer l’interface virtuelle entre le joueur et le monde virtuelle. Il ne s’agit désormais plus uniquement de pixels présents sur un écran, mais de créatures visibles dans le monde ordinaire, pouvant être l’objet d’interactions « physiques » (via les déplacements du joueur).

6 – Les différentes communication de Pokémon GO ont surtout mis l’accent sur l’aspect réalité augmentée (AR) – une fonctionnalité finalement assez peu utilisée par les joueurs

Si finalement la possibilité de jouer en réalité augmentée – en utilisant la caméra de son téléphone – pour repérer les Pokémons environnant a rapidement été abandonné par nombre de joueurs, il n’en reste que le principal argument commercial du jeu (et repris tant par les joueurs que par les médias) a été de proposer une expérience vidéoludique prenant place dans le monde ordinaire.

 Vous avez dit buzz ?

Comme mentionné plus haut, le seul succès de la franchise Pokémon ne suffit pas à expliquer l’ampleur du phénomène. Car s’il est en effet probable que la nostalgie ai joué un grand rôle dans le succès du jeu, celui-ci aurait alors dû se limiter à une cible limitée, à savoir ceux ayant grandi avec Pokémon (ce qui correspondrait à peu près à une tranche 15 – 35 ans). Or, l’un des éléments les plus frappant lors des premiers jours de la sortie du jeu fut de constater que si les plus jeunes étaient bien présents, des personnes plus âgées, et n’ayant potentiellement jamais connu la franchise, étaient également intéressés par cette immense chasse virtuelle.

Si l’on pourrait peut-être expliquer l’attrait pour ce type de contenu par une analyse des goûts de ces publics pour des expériences vidéoludiques innovantes (Pokémon GO étant facile d’accès et obligeant les joueurs à se déplacer), ce serait oublier qu’il s’agit avant tout de publics en grande partie non-averti, et par conséquent qui n’ira pas de lui-même vers du contenu de niche. Il faut donc avant tout s’intéresser à l’impact médiatique de Pokémon GO pour comprendre le « cercle vertueux » dont il a bénéficié.

6 – Les recherches pour le terme « Pokémon GO » sont apparues à partir du 3 juillets, et atteignent leur pic (base 100) la semaine du 17 au 23 juillet. Source : Google Trends.

En effet, le nombre de recherches pour le terme « Pokémon GO » était quasiment insignifiant avant la sortie du jeu : dès lors que ce dernier a été disponible dans certains pays (à partir du 2 et 3 juillet) le nombre de requête a grandement augmenté (29 sur base 100), avant d’atteindre son pic la semaine du 10 au 16 juillet. Les requêtes continuent d’être relativement élevées jusqu’à début août (52 sur base 100), avant de continuer de décroitre progressivement jusqu’à fin septembre (8 sur base 100). Cette courbe peut d’ailleurs être rapprochée du modèle marketing de la longue traine.

Ce « Buzz » peut être d’autant plus visible en le comparant à d’autres termes de recherches, comme avait pu le présenter la BBC sur leur site internet :

7 – Interêt relatif des termes de recherche au cours des 30 derniers jours (juin-juillet 2016) – Source.

Enfin, en comparaison avec les autres jeux sur le marché (smartphone, PC et consoles confondus), Pokémon GO détrône encore l’ensemble de ses concurrents, cette fois en termes de couverture média : selon Ico Partners, près du double de publications ont porté sur le Pokémon GO (au cours de sa semaine la plus médiatique) par rapport à Fallout 4, jeu pourtant très attendu.

8 – Sources : Eclypsia & Ico Partners

Autre données particulièrement intéressante mise en lumière par Ico Partners : contrairement a la plupart des jeux (ici Overwatch), Pokémon GO a bénéficié d’une couverture médiatique beaucoup plus large en termes de cibles d’audience : si 83% des articles portant sur Overwatch sont des articles de médias spécialisés dans les jeux vidéo, ce taux tombe à 52% dans le cas de Pokémon GO !

9 – Ratio du nombre d’article par média selon le type de média. A droite : Overwatch ; à gauche : Pokémon GO. Source : Eclypsia & Ico Partners.

Ainsi on note que si les ratios de Pokémon GO font grande part aux médias « Tech » (25% contre 8% pour Overwatch), les médias « General Interest » (généralistes / grand public) sont également en grande partie relais de l’information (18% de relais pour Pokémon GO contre 5% pour Overwatch).

Fait surprenant pour de nombreux joueurs, habitués à voir d’avantage le jeu vidéo être la cible de critiques négatives de la part des médias institutionnels, Pokémon GO a su s’inviter dans toutes les rédactions. De TF1 à CANAL + en passant par LCP et BFMTV, de QG aux Echos en passant par le Figaro… aucun média ne semble avoir échappé à la déferlante Pokémon GO.

Pokémon GO à la télévision – Source : iTélé, reportage du 12 juillet 2016

Cependant, si le jeu a su bénéficier et profiter de cette couverture médiatique exceptionnelle, il n’en est pas moins la cible de nombreuse polémique. En effet, nous l’avons déjà évoqué en parlant de son ainé Ingress, le jeu a de nombreux détracteurs, à commencer par les défenseurs des données privées.

Bad buzz vertueux ?

En effet, tout comme Ingress, Pokémon GO est gourmand en autorisations – ces droits que l’utilisateur donne à une application pour qu’elle puisse fonctionner. Si l’accès au GPS, à l’appareil photo, voir au stockage de l’appareil peuvent se comprendre du fait des fonctionnalités présentes, d’autres autorisations sont quant-a-elles plus difficiles à expliquer du simple point de vue fonctionnel. Comme plusieurs médias ont pu l’indiquer, l’application demandait également un accès complet au compte Google de l’utilisateur ainsi qu’à son adresse email. De plus, à la sortie du jeu, les conditions d’utilisation de Pokémon GO indiquaient clairement que Niantic pouvaient utiliser les données de ses utilisateurs comme bon lui semblait, y compris les partager avec des services tiers à des fins de « recherches et analyses, profilages démographiques, et autres buts similaires ». Il faudra attendre jusqu’au 11 juillet pour que Niantic confirme ne pas avoir besoin de l’ensemble de ces accès et les retire des autorisations nécessaires au bon fonctionnement du jeu.

Autre point d’inquiétude concernant le jeu : la géolocalisation forcée. Tout comme son prédécesseur, Pokémon GO demande en effet un accès constant à la localisation de l’utilisateur afin de pouvoir transmettre ses déplacements réels dans le jeu – rappelons ici que la carte du jeu est une sorte de version simplifiée de Google Maps.

10 – La carte de Pokémon GO (à gauche) ne reprend que l’essentiel de Google Maps (à droite) : les rues et les parcs.

Cependant, si le joueur peut imaginer l’utilisation concrète qui est fait de sa géolocalisation dans le cadre du jeu, il n’est pas nécessairement conscient des risques que peut porter ce dernier sur sa vie privée. En effet, comme la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL) a pu le relever, ces données peuvent également être utilisées à des fins commerciales. Bien que le jeu repose sur un système de micro-transactions (des achats de monnaie virtuelle variant entre 1 et 110€), le jeu reste accessible gratuitement, et comme le rappel la CNIL dans le titre de son article, « quand c’est gratuit … » :

« Il existe une multitude de modèles économiques pour les applications mobiles « gratuites » de jeu qui vont de la publicité (in-app ou hors app) à des micro-paiements ou du freemium (pour obtenir des avantages et des options, accélérer sa progression ou accéder à d’autres niveaux) en passant par du sponsoring ou la promotion de services commerciaux plus traditionnels.

Dans tous les cas, la gratuité n’est qu’apparente, ces applications s’appuyant plus ou moins directement sur la collecte des données générées par les utilisateurs à partir de leur smartphone. C’est particulièrement vrai pour la donnée de localisation la « donnée reine » du smartphone, une des véritables contreparties du jeu qui s’avère très précieuse pour affiner le ciblage publicitaire.» – C.N.I.L.

La CNIL note également que les collectes de données pouvant avoir lieu au sein des jeux pour smartphone peuvent également avoir pour but de collecter des données comportementales, dans le but de les réutiliser à des fins commerciales, par exemple pour optimiser le passage à l’achat ou mieux gérer les mécanismes de frustration/récompense sur lesquels sont basés de nombreux jeux, particulièrement sur smartphones.

Enfin, la commission relève le caractère commercial de ces différentes données collectées, en particulier la géolocalisation, et leur potentielle utilisation à but lucratif :

« Enfin, les jeux basés sur la localisation – comme Pokémon Go qui bénéficie d’une base importante d’utilisateurs – attirent les personnes vers des espaces physiques commerciaux (des magasins partenaires, des marques sponsorisant des lieux,…).

Concrètement, plutôt que de revendre les données de ses utilisateurs, l’éditeur du jeu préfèrera inciter ses joueurs à se rendre chez ses partenaires commerciaux. Ces derniers rémunéreront plus ou moins l’éditeur selon la qualité des profils qui franchiront leur porte. Ainsi, plus les données collectées par l’application sont précises, plus le profilage du joueur/consommateur est fiable, meilleure sera la rémunération de l’éditeur. » – CNIL

Cet article de la CNIL est d’autant plus vrai qu’une semaine plus tôt, le 19 juillet, on apprenait via le site TechCrunch que suite à la sortie du jeu au Japon, près de 3000 restaurants de l’enseigne McDonald’s allait y être identifiés par des Pokéstops – des objets interactifs permettant aux joueurs de récupérer des objets ou de voir apparaître des Pokémons plus rares que d’ordinaire.

11 – Exemples de Pokéstops sponsorisés : à droite, par McDonald au Japon, à gauche par la ville de Londres

Depuis, le sponsoring s’est étendu à d’autres marques, et a également été étendu à des œuvres culturelles, tel que le Louvres à Paris. Certains commerces n’ont d’ailleurs pas attendu de pouvoir faire du sponsoring pour faire venir de nouveau client, puisque de nombreux commerçants avaient utilisé le succès du jeu pour mettre en avant la proximité de leur commerce avec les Pokéstops du coin !

12- Certains commerçants ont profité du succès du jeu pour attirer les chalands ou proposer des offres commerciales en adéquation avec la « Pokémon GO fever »

D’autres enseignes ont quant-a-elles proposé des offres commerciales directement à destination des « dresseurs » : c’est par exemple le cas de Monoprix, ayant commercialisé un « kit du dresseur » comprenant un petit kit de survie (brumisateur, barre énergétique, batterie portable…). Mais ayant sous-estimé le succès de sa communication, l’enseigne a vu son stock épuisé en quelques minutes, et s’est finalement retrouvée submergée par les clients mécontents de ne pas avoir pu obtenir le kit convoité.

13 – Le « Kit du dresseur » proposé par l’enseigne Monoprix, a été victime de son succès sur les réseaux sociaux, relayé via le hashtag #Pokémonop

Dans tous les cas, ces différentes opérations ont sans doute été très profitable pour la firme nipponne, qui a ainsi pu bénéficier d’une publicité gratuite et à tous les niveaux : de la rue jusqu’aux réseaux sociaux.

Sortez dehors ! … mais pas trop non plus…

Mais l’aspect mercantile de l’application ne semble pas avoir dérangé grand monde. Car ce qui inquiète bien plus l’opinion publique, et fut donc en tête des titres, c’est l’aspect visible des risques de Pokémon GO : du jour au lendemain, des milliers de personnes se mettaient à arpenter les rues de leur ville dans l’objectif de capturer des créatures virtuelles. Concentrés sur leur objectif, de nombreuses personnes oubliaient qu’elles évoluaient dans un monde aux dangers bien réels, et des accidents n’ont pas tardés à se produire.

De l’automobiliste qui chasse les Pokémons tout en conduisant au piéton qui ne vérifie pas la couleur du feu avant de traverser la route, en passant par les explorateurs intrépides prêts à tout pour trouver le Pokémon de leur rêve, de nombreux faits divers ont été repris partout dans les médias, pointant du doigt les dangers de l’application.

De nombreux rassemblent ont ainsi eu lieu, partout dans le monde, et en particulier dans les parcs municipaux où les monstres étaient plus nombreux à apparaître.

« Actuellement c’est la folie Pokémon GO. Ça c’est en plein Central Park. En gros, c’est devenu le QG Pokémon GO. »

Des mouvements de foule ont également eu lieu, rapidement relayés par l’ensemble des médias, comme ici près du parc de La Villette à Paris, ou un Pokémon particulièrement rare était apparu :

Mouvement de foule dans le parc de la Villette suite à l’annonce d’un Pokémon rare

Pourtant, si ces différentes actualités pourraient sembler avoir fait de l’ombre à l’application, elles semblent avoir également participé en partie à la popularité de cette-dernière :

14 – évolution des mentions négatives dans les articles mentionnant Pokémon Go et notamment, leur part de plus en plus croissante dans le volume global de la couverture médiatique du jeu au niveau mondial. Source : LexisNexis

On remarque en effet dans cette analyse de la couverture médiatique produite par LexisNexis, que le jeu a toujours eu une part relativement importante d’articles négatifs à son propos. Cela peut probablement s’expliquer par les différents facteurs de mécontentement expliqués plus haut. Cependant, on note qu’à partir du 16 juillet, le nombre d’articles portant sur Pokémon GO commence à se réduire (bien que relancés le 18 puis le 25 juillet, sois les dates de sortie de l’application au Canada, puis en France et en Chine). Pourtant, le nombre d’articles négatifs reste relativement stable, et prend donc une part de plus en plus importante dans le volume global de la couverture médiatique.

Cela peut s’expliquer par l’aspect viral des contenus portant sur le jeu, poussant les différents médias à produire toujours plus de contenu sur le jeu. Si les premières semaines se sont concentrées sur les aspects positifs (une nouvelle application, un succès monstre…) les actualités au cours des semaines suivantes ont probablement d’avantage parlé des problèmes liés à l’application – en particulier les mouvements de foule et les accidents liés au jeu.

Ces différents accidents se sont d’ailleurs traduits dans la société civile par une série d’avertissements de la part des autorités, ainsi que de nombreux messages de prévention de toute part. On peut par exemple citer le CERN, qui avait mis non seulement en avant les risques de mise en danger de sois même ou d’autrui de par l’exploration de lieux interdit, mais également les risques pour la vie privée et professionnelle de l’utilisateur que peut représenter ce type d’application.*

Face aux différentes actualités sur le sujet, la Gendarmerie Nationale tentait de prévenir des dangers de Pokémon GO sur son compte Twitter.

Pourtant, malgré les avertissements conjoint des médias et des institutions, la « déferlante Pokémon GO » a bien eu lieu en France. Et nombre de joueurs, qu’ils soient occasionnels ou « harcore » ont protesté contre ces différentes injonctions à rester chez eux. Bon nombre d’entre eux ont en effet mis en avant l’argument souvent utilisé à l’encontre de la communauté des « Gamers », selon lequel ces derniers ne seraient bon qu’à rester chez eux devant leur ordinateur, à être des « nolifes ».

On peut par exemple citer l’exemple évocateur du tweet de l’ancienne ministre de la Famille, Laurence Rossignol, à la sortie du jeu :

Le tweet, tout comme d’autres articles à charge contre les « geeks qui sortent », s’est pris une volée de bois vert. Certains mettant en avant des images d’archives montrant le même type de « socialisation » à propos d’anciens médias, d’autres protestant qu’au contraire, Pokémon GO leur avait permis de faire de nombreuses rencontres.

Pour rester en forme… mettez vous à la réalité augmentée !

Car le principe de Pokémon GO, rappelons-le, est avant tout de parcourir un maximum de distance dans le but de rencontrer le maximum de créature, certaines nécessitant par exemple d’être attrapées en plusieurs exemplaires afin de pouvoir les faire évoluer en créatures plus puissantes.

Plusieurs mécaniques du jeu vont en ce sens, dont certaines apparues au fil du temps :

  • Le challenge « Joggeur », qui permet au joueur d’obtenir une médaille en fonction du nombre de Km parcourus : 10 km pour le bronze, 100 km pour l’argent, 1000 km pour l’or.
  • Le système de compagnons, qui permet de lier un Pokémon à son avatar pour gagner des « bonbons » (permettant d’évoluer ses Pokémons). Selon la rareté du Pokémon, il faudra parcourir 1, 3 ou 5 km pour chaque bonbon.
  • Les Pokéstops, qui ne peuvent être déclenchés qu’une fois toutes les 5 minutes, obligeant le joueur à se déplacer entre plusieurs Pokéstops s’ils souhaitent récupérer de nombreux objets.
  • Les encens, un objet (payant) permettant pendant 30 minutes de faire apparaitre régulièrement un Pokémon à côté de soi, mais d’avantage si le joueur est en mouvement.
  • Le jeu lui-même, qui oblige le joueur à se déplacer en continu s’il souhaite trouver de nouveaux Pokémons. On peut notamment noter qu’il existe des « biomes », c’est-à-dire des zones spécifiques où certains Pokémons ont plus de chance d’apparaître. Ainsi, un joueur souhaitant attraper des monstres de type « eau » devra se rapprocher d’une rivière ou de la mer pour avoir plus de chance d’en croiser.

15 – le challenge « Joggeur » permet au joueur d’obtenir une médaille d’or une fois que ce dernier a parcouru plus de 1000 km.

S’il existe des techniques (non légales) pour contourner ces restrictions, la plupart des joueurs devront donc nécessairement se déplacer s’ils souhaitent progresser dans le jeu.

Cependant, Pokémon GO propose également quelques mécaniques forçant le joueur à rester immobile ou dans un périmètre restreint.

C’est par exemple le cas des « leurres », des modules (payants) pouvant être ajoutés aux Pokéstops pour augmenter le nombre de Pokémons apparaissant dans la zone, pendant 30 minutes. Les joueurs sont alors obligés de rester à proximité pendant toute la durée du leurre s’ils souhaitent en profiter.

16 – Un joueur devant des Pokéstops : en violet ceux ayant déjà été activés, en bleu ceux pouvant être activés. Les fleurs représentent les Pokéstops disposant d’un leurre actif.

Plus intéressant, les arènes sont des lieux pouvant être capturés par les différentes factions (il y en a 3 au total). À la sortie du jeu, les arènes disposaient de 10 places pour des Pokémons, limitées à 1 par joueur, et la faction ennemie devait combattre l’ensemble des Pokémons présents afin de pouvoir capturer l’arène et y déposer ses propres Pokémons.

Face à différents abus (notamment des tricheurs capturant l’ensemble des arènes d’une zone avec 10 faux comptes), ainsi qu’à la non-possibilité pour les joueurs de plus faible niveau d’y accéder, une mise à jour au cours de l’été 2017 a modifié le fonctionnement de ces arènes.

Désormais, les places sont limitées à 6, et les Pokémons déposés dedans perdent lentement de la vie, rendant plus facile la capture par une faction ennemie. De plus, cela a également permis à Niantic de mettre en place un système de « Boss », c’est-à-dire des Pokémons particulièrement forts, sinon légendaires (ne pouvant être capturés qu’en arène). Pour battre ces « boss », les joueurs doivent alors se réunir en équipe afin d’être suffisamment nombreux pour venir à bout de celui-ci.

Ces deux différentes mécaniques (les leurres et les arènes) obligent donc les joueurs à rester dans un espace restreint. De ce fait, les chances pour que des joueurs se croisent augmente significativement, et d’autant plus dans le cas des arènes, du fait qu’un joueur ne puisse pas battre un boss tout seul.

De là, des discussions s’engagent, et parfois des liens se créent. Certains gardent le contact pour pouvoir rejouer plus tard ensemble, tandis que d’autres se content d’une rencontre d’un jour.

Certains trouvent même dans Pokémon GO des vertus thérapeutiques, par exemple pour lutter contre la dépression ou l’exclusion sociale :

https://twitter.com/angel_ponders/status/751855621155221505

Sur Twitter, de nombreuses personnes ont parlé de l’expérience positive qu’a pu leur apporter Pokémon GO

De toute évidence, si l’application est décriée par certains, la considérer comme néfaste semble un jugement hâtif et peu représentatif de l’ensemble de ses implications.

Travail, Famille, Pokémon GO

Car au-delà d’une analyse psychologique que je ne serais pas à même de mener, ma propre expérience de jeu m’a permis de me confronter à la réalité du terrain et d’échanger avec des personnes d’horizons variés.

De l’enfant de 8 ans utilisant le portable de ses parents aux grand-parents passant leur dimanche après-midi à attraper des Pokémons, autant dire que le public de Pokémon GO est hétéroclite.

Un sondage Forbes / SurveyMonkey daté du 26 juillet 2016 vient d’ailleurs relever l’originalité de la population de Pokémon GO : il y aurait plus de femmes (63%) que d’hommes (37%) qui jouerait au jeu de Niantic. Cela s’oppose à la statistique souvent mise en avant par le Syndicat des Editeurs de Logiciel de Loisir (S.E.L.L.), comme quoi en France le public des joueurs réguliers serait constitué à 52% d’homme pour 48% de femme, et sur leur moyenne d’âge se situerait autour de 35 ans (32 pour les femmes). Si cette statistique peut être contestée par la méthodologie employée par le SELL, en particulier au niveau de l’échantillonnage, il n’en reste qu’elles restent relativement éloignées de celles observables pour Pokémon GO.

Selon le sondage Forbes / SurveyMonkey la majeure partie des joueurs de Pokémon GO sont majeurs : seul 22% ont entre 13 et 17 ans (la statistique pour les 0 – 13 ans inconnue, et l’on pourrait postuler qu’il s’agit d’une part non négligeable, bien que restreinte). De même, 6% des joueurs sont agés de 50 ans ou plus, ce qui représente tout de même 1,5 millions de personnes concernées.

Parmi ces joueurs, on retrouve notamment des parents jouant avec leurs enfants, comme j’ai pu le découvrir au cours de mon enquête :

Magic : « Moi je chasse avec ma fille… elle m’a attrapé des Rattata, des Roucoul, des Fouinette… des Racailloux… y’a des priorités dans la vie ! (…) Et en plus je lui apprends à utiliser une carte et s’orienter (…) Et les chasses lui ont donné l’envie de sortir se promener… avec son papa… ça vaut tous les Zarbi ou Canarticho du monde… enfin presque …  (…) Le pire c’est que c’est elle qui m’a fait télécharger le jeu l’été dernier car j’étais déjà « vieux » quand Pokémon est sorti dans les années 90, maintenant je suis plus addict qu’elle… » (Issu d’une discussion avec un joueur rencontré sur un chat dédié à Pokémon GO)

Il est d’ailleurs intéressant de noter que le jeu revêt un certain aspect éducatif, voir culturel : si comme Magic le relève avec sa fille, le jeu peut servir à apprendre à s’orienter, il permet également de découvrir certains lieux culturels. Les Pokéstops, qui sont à l’origine des portails d’Ingress créés par les joueurs, sont des points d’intérêts : la plupart des monuments historiques ou artistiques ont ainsi été « transformés » en Pokéstops, et sont donc repérable facilement dans le jeu, puisqu’il s’agit de point stratégique. Les joueurs peuvent ainsi découvrir des œuvres peu connues voir parfois même cachées.

17 – Trois exemples de Pokéstops

De manière plus général, le jeu forçant les joueurs à se déplacer, ceux souhaitant trouver les Pokémons les plus rares doivent fouiller tous les recoins de leur ville dans l’espoir de trouver les monstres qu’ils convoitent. De cette façon, le joueur devient un peu « touriste malgré lui », mais peut en profiter pour découvrir les secrets qui l’entourent.

Don’t cheat with me

Il existe d’ailleurs plusieurs façons de « marcher » dans Pokémon GO : à pied, mais aussi en vélo, en trottinette voir en voiture ou en transports. Niantic a d’ailleurs du rapidement ajouter une limitation de la vitesse de déplacement pour empêcher de jouer à Pokémon GO tout en conduisant. La vitesse a donc été limitée à 14 km/h, bien qu’il soit inutile d’aller au-delà de 10,5 km/h.

18 – Un avertissement apparaît quand le joueur se déplace trop vite.

Pour continuer à capturer autant de Pokémons qu’ils le souhaitent, certains joueurs utilisent des logiciels ou sites leur permettant de modifier leur position ou d’afficher une carte du monde présentant tous les endroits où sont présent des Pokémon – de quoi localiser les Pokémons les plus rares et s’y déplacer en un temps record.

Ces systèmes de triche, en particulier les logiciels de modification de la position étaient très nombreux à la sortie du jeu, et Niantic n’a cessé de renforcer les protections de son jeu contre ce type de systèmes. Si la plupart des logiciels de triche sont devenus obsolètes, certaines cartes continuent de subsister, et permettent de trouver des informations complètes sur la position, mais aussi la puissance des Pokémons repérés.

Des communautés se sont ainsi formées, en particulier via le logiciel de messagerie Discord, et continue d’échanger des informations « illégales » entre eux. Des bots (robots informatiques) sont également utilisés sur ce logiciel, dans le but d’envoyer de manière automatique des informations aux joueurs.

19 – Exemple de bot utilisé sur Discord : localisation et statistiques de Pokémons rares.

Si à première vue ce type d’usage est condamnable, du fait même qu’il s’agisse d’un comportement de triche, il est cependant nécessaire de s’intéresser aux raisons poussant les joueurs à utiliser de tels dispositifs. Ayant posé la question à plusieurs membres de cette communauté (fermée depuis), il existe trois principales raisons :

  • Pour certains, très rares, il s’agit d’un moyen de ne pas s’embêter avec le jeu. Ces personnes utilisent généralement des logiciels pour modifier leur position et ainsi aller récupérer ce qui les intéresse sans bouger de chez eux.
  • Pour d’autres, plus nombreux, il s’agit de continuer à garder de l’interêt pour le jeu, le GPS de ce dernier n’étant pas assez fiable, et ne permettant pas de voir certains Pokémons se situant parfois à seulement quelques mètres de l’intéressé. Ils vont alors se servir de la carte pour repérer ce qui les intéressent, et se déplacer par eux-même jusqu’à l’endroit.
  • Enfin, pour d’autres encore, nombreux également, il s’agit simplement de donner de l’interêt au jeu car celui-ci n’en a pas là où ils habitent, le nombre de Pokéstops et de Pokémon dans leur région étant trop faible pour garder de l’intérêt au court du temps.

Nous avons en effet évoqué le fait que l’architecture de Pokémon GO soit calquée sur celle de Ingress, le précédent jeu de Niantic, et cela n’a pas été sans incidence sur le jeu. Un article du Monde révélait en effet qu’il y a de nombreuses inégalités en terme de nombre de Pokéstops entre les grandes villes et la campagne : on trouve 29 764 Pokéstops à Paris, contre 1 483 à Strasbourg (Alsace) et seulement 7 à Guéret (Creuse). Ces inégalités sont directement la répercussion des choix des joueurs de Ingress, qui ont contribué à établir l’emplacement des futurs Pokéstops.

20 – Nombre de Pokéstops pour 100 habitant à Paris – Source Jules Grandin / Le Monde

L’article du Monde relève cependant qu’il ne s’agit pas uniquement du nombre de joueur d’Ingress, mais également de la richesse patrimoniale de chacune des villes : il est en effet bien plus aisé de trouver des points d’intérêt (monuments, œuvres d’art…) dans la capitale qu’au fin fond de la campagne.

Le nombre de Pokémon présent dépendant en grosse partie de ces données, les joueurs à la campagne sont donc doublement laisés, puisqu’ils trouvent à la fois moins de monstres à capturer pour progresser, et moins de Pokéstops pour obtenirs les objets leur permettant de capturer de nouveaux monstres. Il est d’ailleurs intéressant de voir que malgré le temps qui passe, ce problème n’a toujours pas été solutionné par Niantic, malgré les nombreuses sollicitations des joueurs à chaque nouvelle mise à jour.

21 – Exemples de commentaires récents sur le PlayStore

Cela s’ajoute aux différentes exaspérations des joueurs, notamment concernant les fonctionnalités annoncées par Niantic à la sortie du jeu mais toujours absente plus d’un an et demi après (en particulier les combats et échanges entre joueurs), mais également les nombreux bugs dont est victime le jeu. Outre les problèmes de disponibilité des serveurs (empêchant parfois la connexion des joueurs pendant plusieurs jours), des bugs plus contraignants sont également toujours présents, dont certains datant du début du jeu (en particulier les problèmes concernant le GPS, pourtant au cœur du jeu).

22 – Exemples de commentaires récents sur le PlayStore

Bien qu’il n’existe pas de chiffres récents, John Hanke, le CEO de Pokémon GO avait annoncé un total de 65 millions de joueurs actifs en avril 2017. On peut donc supposer que, même si ces chiffres sont probablement gonflés, plusieurs millions voire dizaine de millions de joueur sont toujours actifs à l’heure où j’écris cet article. Les différents problèmes inhérents au jeu ne semblent donc pas avoir refroidi la majeure partie des joueurs, et la récente annonce du déploiement du jeu en Chine semble confirmer que le jeu est loin d’être en bout de course.

Pour garder ces joueurs, Niantic procède régulièrement à des mises à jour de son application, tant au niveau ergonomique que du contenu. Ainsi, si la version sortie en Juillet 2016 ne comptait que 151 Pokémons, le jeu en proposera bientôt près de 400. Sachant que la série Pokémon compte au total 807 Pokémons, on peut penser que Niantic dispose encore de quelques années avant d’avoir épuisé l’intérêt du jeu !

 

Reste donc à voir s’ils réussiront à garder les joueurs tout ce temps en proposant suffisamment de contenus annexes (événements, nouvelles mécaniques de jeu) pour maintenir leur envie d’y jouer, mais également en résolvant les différents problèmes nuisant à la réputation du jeu : bugs, triche, mais aussi inégalités géographiques.

Vincent Bézaguet, février 2018.

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Sites officiels :

Ingress : Site officiel / PlayStore / AppStore

Pokémon GO : Site officiel (Niantic) / Site officiel (The Pokemon Company) / PlayStore / AppStore

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Sources et références :

Réalité Augmentée (définition) – Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9alit%C3%A9_augment%C3%A9e (dernier accès 05/02/18)

Niantic’s first AR game Ingress is getting a massive overhaul in 2018 (The Verge) – Andrew Webster – 02/12/2017 – https://www.theverge.com/2017/12/2/16725884/ingress-prime-update-niantic-Pokemon-go

Pokemon Go: The April Fools’ joke that became a global obsession (The Washington Post) – Travis M. Andrews – 13/07/2016 –  https://www.washingtonpost.com/news/morning-mix/wp/2016/07/13/Pokemon-go-the-april-fools-joke-that-became-a-global-obsession/?utm_term=.1cef342da51c

Google’s Ingress is more than a game, its a potential data exploitation disaster (Pando) – Michael Carney – 19/10/2012 – https://pando.com/2012/11/19/googles-ingress-is-more-than-a-game-its-a-potential-data-exploitation-disaster/

/R/PokemonGO (Reddit) – FAQ: Here is how Niantic knew about that local thing, and also how you can see a map of all Pokestops. – 07/07/2016 –  https://www.reddit.com/r/Pokemongo/comments/4rm9rt/faq_here_is_how_niantic_knew_about_that_local/

/R/PokemonGO (Reddit) – Using Ingress app as a Pokemon Go Maphack to find rare Pokemon – 13/07/2016 – https://www.reddit.com/r/Pokemongo/comments/4sknib/using_ingress_app_as_a_pok%C3%A9mon_go_maphack_to_find/

Google Maps: Pokemon Challenge  (Vidéo – EN) – Google Maps – 31/03/2014 –  https://www.youtube.com/embed/4YMD6xELI_k

Pokemon Go generated revenues of $950 million in 2016 (Venturebeat) – Dean Takahashi – 17/01/2017 – https://venturebeat.com/2017/01/17/Pokemon-go-generated-revenues-of-950-million-in-2016/

Pokemon Go hits 650 million downloads (Polygon) – Samit Sarkar – 27/02/2017 – https://www.polygon.com/2017/2/27/14753570/Pokemon-go-downloads-650-million

Pokemon Go a généré près d’un milliard de dollars de recettes en 2016 (Numerama) – Maxime Claudel – 17/01/2017 –  https://www.numerama.com/business/225333-Pokemon-go-a-genere-pres-dun-milliard-de-dollars-de-recettes-en-2016.html

Millions of Americans still play Pokemon Go every day (Recode) – Dan Frommer – 23/03/2017 – https://www.recode.net/2017/3/23/15039626/Pokemon-go-daily-users-chart

20 jours après, la bourse réalise que Nintendo n’a pas fait Pokemon Go (Numerama) – Julien Cadot – 25/07/2016 – https://www.numerama.com/business/184889-20-jours-apres-bourse-realise-nintendo-na-Pokemon-go.html

Pokemon Go : Phénomène Médiatique, Chiffres et Statistiques (Eclypsia) – Kassor – 22/07/2016 – https://www.eclypsia.com/fr/Pokemon-go/actualites/Pokemon-go-phenomene-mediatique-chiffres-et-statistiques-10124

Pokemon GO : le reportage d’iTélé (12/07/2016) –  https://www.youtube.com/watch?v=KiPcokFWAt0

You Should Probably Check Your Pokemon Go Privacy Settings (Buzzfeed) – Joseph Bernstein – 11/07/2016 (mis à jour le 12/07/2016) – https://www.buzzfeed.com/josephbernstein/heres-all-the-data-Pokemon-go-is-collecting-from-your-phone?utm_term=.jx23D1EqP#.wdaG4BvY0

Pokemon GO Privacy Policy (mises à jour le 01/10/2017) – https://www.nianticlabs.com/privacy/Pokemongo/en/ (Dernier accès : 05/02/2018)

Pokemon Go Was Never Able To Read Your Email [Updated]  (Gizmodo) – mis à jour le 12/07/2016 – https://gizmodo.com/can-Pokemon-go-really-read-all-your-emails-1783479136 (dernier accès : 05/02/2018)

Jeux sur votre smartphone : quand c’est gratuit … (C.N.I.L.) – 28/07/2016            – https://www.cnil.fr/fr/jeux-sur-votre-smartphone-quand-cest-gratuit/

Quand les jeux vidéo analyseront votre personnalité (C.N.I.L.) – Geoffrey Delcroix – 05/04/2016 – https://linc.cnil.fr/fr/quand-les-jeux-video-analyseront-votre-personnalite

Pokemon Go will launch in Japan tomorrow with game’s first sponsored location (TechCrunch) – Jon Russell – 19/07/2016 – https://techcrunch.com/2016/07/19/Pokemon-go-is-finally-launching-in-japan-tomorrow/

Pokemon Go: pourquoi les commerçants se frottent les mains (BFM Business) – 21/07/2017 – http://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/Pokemon-go-pourquoi-les-commercants-se-frottent-les-mains-1009022.html

Pokemon Go: avec #Pokemonop, Monoprix a eu les yeux plus gros que le ventre – Julie Chapman et Déborah Vital (L’Express) – 22/07/2016 – https://www.lexpress.fr/culture/jeux-video/Pokemon-go-avec-Pokemonop-monoprix-a-eu-les-yeux-plus-gros-que-le-ventre_1815156.html

Le Parc de la Villette envahi par les chasseurs de Pokemon (France Bleu) – Maxime Bacquié –  24/08/2016 – https://www.francebleu.fr/infos/societe/la-folie-Pokemon-go-au-parc-de-la-villette-1471530809

Profil médiatique du buzz #PokemonGO (LexisNexis)– Cristina S. – 27/07/2016 – https://bis.lexisnexis.fr/blog/article/buzz-Pokemongo

Sécurité informatique: Attention Pokemon Go (CERN) – Stefan Lueders and Computer Security Team – 08/08/2016 – http://cds.cern.ch/record/2212321 (dernier accès 06/02/2018)

Pokemon Go: « Ce jeu a le mérite de faire sortir les geeks » (L’Express) – 25/07/2016 – https://www.lexpress.fr/culture/jeux-video/Pokemon-go-ce-jeu-a-le-merite-de-faire-sortir-les-geeks-dehors_1815420.html

Pokemon Go: la ministre Laurence Rossignol fâche les fans du jeu (L’Express) – 24/07/2016 – https://www.lexpress.fr/culture/jeux-video/Pokemon-go-la-ministre-laurence-rossignol-fache-les-fans-du-jeu_1815368.html

Quand Pokemon Go nous fait faire de (drôles) de rencontres (Europe 1) – 21/07/2016 (mis à jour le 28/07/2016) – http://www.europe1.fr/technologies/Pokemon-go-et-ses-droles-de-rencontres-2804803

How ‘Pokemon GO’ Can Help Players Cope With Mental Illness – Danielle Ryan – 29/07/2016 – http://fandom.wikia.com/articles/Pokemon-go-help-cope-mental-illness

Pokemon Go Reportedly Helping People’s Mental Health, Depression (PsychCentral) – John M. Grohol, Psy.D. – 12/07/2016 – https://psychcentral.com/blog/Pokemon-go-reportedly-helping-peoples-mental-health-depression/

More Women Than Men Are Playing ‘Pokemon GO’–By A Lot (Forbes) – Ryan Mac – 26/07/2016 – https://www.forbes.com/sites/ryanmac/2016/07/26/more-women-than-men-are-playing-Pokemon-go-by-a-lot/#66504e2513dc

L’essentiel du Jeu Vidéo – Février 2017 (S.E.L.L.) – http://www.sell.fr/sites/default/files/EJV_Bilan%20Mache%202016_SELL_Fev%2017%20BD.pdf

Maquillage en Bande Organisée [2 minutes pour convaincre] S02_E11 (Vidéo – UnDropDansLaMare) – 01/12/2014 – https://www.youtube.com/watch?v=-zTXhUKj7zM

Egg Hatching Speed – 10.5 km/h with science! (Reddit) – 11/08/2016 – https://www.reddit.com/r/TheSilphRoad/comments/4x8vc3/egg_hatching_speed_105_kmh_with_science/

« Pokemon Go » : les multiples facteurs des inégalités géographiques (Le Monde) – Morgane Tual, Damien Leloup et Jules Grandin – 12/08/2016 – https://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/08/03/Pokemon-go-les-multiples-facteurs-des-inegalites-geographiques_4977738_4408996.html

The fad may be over, but Pokemon Go still has 65 million monthly active players (Business Insider) – Matt Weinberger – 04/04/2017 – http://www.businessinsider.fr/us/Pokemon-go-65-million-monthly-active-players-2017-4

Pokemon Go : Le titre va pouvoir sortir en Chine (Jeuxvideo.com) – MalloDelic – 02/01/2018 – http://www.jeuxvideo.com/news/771268/Pokemon-go-le-titre-va-pouvoir-sortir-en-chine.htm

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